Lettre de mise en demeure pour loyer impayé : modèle, règles légales et procédure
Un locataire qui ne paie plus son loyer place le propriétaire dans une situation délicate. Cet article s’adresse explicitement aux propriétaires confrontés à des loyers impayés et détaille la rédaction, l’envoi et les suites d’une lettre de mise en demeure pour loyer impayé. Entre la relance amiable et le contentieux judiciaire, la lettre de mise en demeure loyer impayé constitue le pivot de la procédure. Cet article vous guide pas à pas : cadre légal, chronologie, modèle prêt à l’emploi et conseils pour sécuriser chaque étape de vos démarches.
Points clés à retenir
- La mise en demeure intervient après une lettre de relance restée sans effet, idéalement vers J+20 à J+25 après l’échéance du loyer. Une mise en demeure doit être envoyée après un mois d’impayés au minimum.
- Elle doit être envoyée en lettre recommandée avec accusé de réception (papier ou électronique) pour constituer une preuve en cas de litige ultérieur.
- La lettre doit rappeler le contrat de bail, détailler les loyers impayés mois par mois, et fixer un délai de régularisation de 8 à 15 jours à compter de la réception.
- Elle fixe un dernier délai avant d’éventuelles poursuites judiciaires et annonce qu’un commandement de payer pourra être délivré en l’absence de règlement.
- Sans régularisation, le bailleur pourra activer la clause résolutoire du bail et saisir le tribunal pour obtenir la résiliation du bail et l’expulsion.

Pourquoi envoyer rapidement une mise en demeure pour loyer impayé ?
Après une phase amiable (appel, SMS, mail, lettre de relance simple), la mise en demeure formalise le défaut de paiement et ouvre la voie aux recours légaux. Voici pourquoi agir vite est dans votre intérêt :
- Un locataire doit payer son loyer à temps. Le paiement du loyer est une obligation légale découlant de l’article 7 de la loi du 6 juillet 1989 et de l’article 1103 du code civil sur la force obligatoire du contrat.
- La mise en demeure est une étape préalable avant d’engager d’autres démarches : elle est considérée comme obligatoire avant des poursuites judiciaires.
- Elle fait courir les intérêts de retard et permet d’activer une assurance loyers impayés ou une garantie Visale, selon votre contrat.
- Ce courrier fixe une date butoir claire (par exemple 8 jours après réception) et constitue une preuve légale en cas de poursuites. Le propriétaire peut réclamer des loyers impayés jusqu’à 3 ans à partir de leur exigibilité.
- Plus l’arriéré est faible, plus les solutions amiables (échelonnement, aide CAF, action logement) restent réalistes. N’attendez pas plusieurs mois.
Rappels juridiques : ce que dit le Code civil et la loi du 6 juillet 1989
La mise en demeure au sens de l’article 1344 du Code civil est une interpellation suffisante qui constitue le débiteur en demeure de payer. Elle formalise le non paiement et déclenche les conséquences juridiques attachées au retard.
Pour les baux d’habitation, l’article 7 de la loi du 6 juillet 1989 impose au locataire de régler loyers et charges aux termes convenus. L’article 24 de cette même loi organise la clause résolutoire : en cas de loyers impayés, le bailleur peut faire délivrer un commandement de payer, et la clause produit ses effets si le locataire ne régularise pas dans le délai légal.
Références légales à retenir :
- Article 1344 du Code civil : définition de la mise en demeure.
- Article 1103 du Code civil : force obligatoire du contrat de bail.
- Article 24 de la loi du 6 juillet 1989 : clause résolutoire, commandement de payer, obligation d’informer la CCAPEX.
- Article L.145-41 du Code de commerce : régime distinct pour les baux commerciaux (délais et formalisme différents).
La mise en demeure n’est pas toujours légalement obligatoire avant un commandement, mais elle est fortement recommandée pour démontrer la bonne foi du bailleur devant un juge.
Avant la mise en demeure : gérer le loyer impayé à l’amiable
Avant d’engager une procédure formelle, privilégiez un règlement amiable. Ces relances écrites constitueront des pièces utiles en justice.
- J+5 à J+10 après l’échéance : contact téléphonique, mail courtois ou SMS de rappel. Cherchez à comprendre la situation du locataire.
- Lettre de relance simple : envoyez un courrier (simple ou recommandé) rappelant l’échéance manquée, la somme due et proposant un dialogue. Il est recommandé d’envoyer la mise en demeure après une relance amiable sans effet.
- Vérification des aides : si le locataire bénéficie d’aides au logement (CAF, MSA), contactez l’organisme. Envisagez le tiers payant du loyer en cas d’impayés répétés.
- Plan d’apurement : proposez un accord écrit, daté et signé par les deux parties (signataire bailleur et locataire), avec un calendrier précis de remboursement de la dette.
- Limites de l’amiable : si le locataire ne répond pas, multiplie les promesses non tenues ou cumule 1 à 2 mois d’impayés, l’amiable a montré ses limites. La conciliation est nécessaire si la dette est de 5 000 € ou moins avant d’aller au tribunal.
- Il est possible de solliciter le garant du locataire dès le premier impayé pour accélérer le recouvrement.
- Il est possible de solliciter le garant du locataire dès le premier impayé.
Quand et comment décider d’envoyer une lettre de mise en demeure ?
La chronologie est un facteur clé de la validité de votre demande. Voici les repères pratiques :
- Repère temporel : en l’absence de paiement et de solution amiable, envoyez la lettre de mise en demeure vers J+20 à J+25 après la date normale d’échéance. Une mise en demeure doit être envoyée après un mois d’impayés.
- Ne dépassez pas 2 mois : au-delà, les obligations de saisine de la CCAPEX se déclenchent et la charge financière pour le propriétaire s’alourdit.
- Destinataires : la lettre doit être adressée à chaque signataire du bail (co-locataires solidaires, époux, partenaires pacsés) à l’adresse postale du logement loué.
- Mode d’envoi : privilégiez la lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR) ou la lettre recommandée électronique (LRE) via un prestataire qualifié. La mise en demeure doit être envoyée par courrier recommandé.
- Conservation des preuves : gardez une copie de la lettre et de l’accusé de réception, y compris en cas de retour « non réclamé ». Ces éléments seront déterminants pour la suite de la procédure.

Structure type d’une lettre de mise en demeure pour loyer impayé
La lettre suit un plan précis. Chacun des blocs suivants doit apparaître, dans cet ordre, pour garantir la validité et l’efficacité de la démarche :
- Titre de la lettre : Le titre de la lettre doit être « Mise en demeure ».
- En-tête : Elle doit inclure les coordonnées du bailleur et du locataire (nom, adresse postale, téléphone, mail). Adresse du logement, lieu et date de rédaction.
- Objet clair : « Mise en demeure de payer vos loyers impayés ».
- Rappel du bail : Les références du bail doivent être incluses dans la lettre (date de signature, type de bail – vide ou meublé –, durée, clause résolutoire éventuelle, références légales).
- Décompte des sommes dues : La lettre de mise en demeure doit mentionner les sommes dues. Pour chaque mois impayé, indiquer la date d’exigibilité, le montant du loyer, les charges récupérables et le total dû au jour de la lettre.
- Mise en demeure proprement dite : Formule exigeant le paiement intégral. La mise en demeure fixe un délai de 8 jours pour régulariser (ou jusqu’à 15 jours selon les cas).
- Conséquences du défaut de paiement : Annonce d’un commandement de payer délivré par commissaire de justice (huissier), activation possible de la clause résolutoire et assignation devant le tribunal.
- Formules finales : Invitation à prendre contact, rappel que la lettre vaut mise en demeure au sens de l’article 1344 du code civil, signature et pièces jointes éventuelles.
Mentions indispensables à insérer dans la lettre
Chacune de ces mentions renforce la validité de votre courrier et protège vos droits en cas de recours :
- Identification des parties : nom et prénom (ou raison sociale et numéro SIREN) du bailleur, nom complet du ou des locataires, adresse précise du bien (étage, numéro de lot).
- Rappel chiffré de la dette : lister les loyers impayés, charges récupérables, indemnités éventuelles, avec un total en euros arrêté à une date précise (exemple : « arrêté au 15 juillet 2026 »).
- Référence au contrat et aux textes : mentionner le bail (date, clause résolutoire), l’article 7 de la loi de 1989, les articles 1344 et 1103 du code civil, et le cas échéant l’article 24.
- Délai de régularisation : le délai de paiement dans la mise en demeure est généralement de huit jours, parfois quinze jours. Évitez un délai de 48 heures, souvent jugé excessivement court par les tribunaux.
- Conséquences : préciser qu’en l’absence de règlement intégral, le bailleur fera délivrer un commandement de payer et pourra engager une procédure de résiliation du bail et d’expulsion.
- Coordonnées de paiement : RIB pour virement, chèque libellé à l’ordre de « Monsieur X » ou de la SCI, adresse d’envoi. La mise en demeure doit être précise et factuelle.
Exemple de modèle de lettre de mise en demeure pour loyer impayé
Voici un modèle complet à adapter. Veillez à personnaliser dates, montants et références pour chaque dossier réel.
Paris, le 15 juillet 2026
Monsieur Jean Dupont
12, avenue Victor Hugo
75016 Paris
À l’attention de Monsieur Paul Martin
12, rue des Lilas, Appartement 3B
75019 Paris
Objet : Mise en demeure de payer – loyers impayés
Monsieur,
Vous êtes locataire du logement situé 12, rue des Lilas, 75019 Paris, en vertu d’un bail d’habitation vide signé le 1er septembre 2023, comportant une clause résolutoire pour défaut de paiement des loyers et charges.
Malgré mes relances amiables restées sans effet, je constate que les échéances suivantes demeurent impayées :
| Mois | Loyer (€) | Charges (€) | Total mensuel (€) |
|---|---|---|---|
| Mai 2026 | 1 200 | 80 | 1 280 |
| Juin 2026 | 1 200 | 80 | 1 280 |
Total dû arrêté au 15 juillet 2026 : 2 560 €
Par la présente, je vous mets en demeure de régler l’intégralité de la somme de 2 560 € dans un délai de huit (8) jours à compter de la réception de ce courrier, conformément à l’article 1344 du code civil. Ce délai de paiement accordé est généralement de huit jours.
À défaut de règlement dans ce délai, je ferai délivrer un commandement de payer par commissaire de justice et engagerai toute procédure utile, y compris la mise en œuvre de la clause résolutoire prévue au bail et la saisine du tribunal judiciaire aux fins de résiliation et d’expulsion (voir la nouvelle loi sur l’expulsion et comment procéder au recouvrement des loyers impayés après expulsion) .
Je reste à votre disposition pour tout échange en vue d’une solution amiable. La présente lettre vaut mise en demeure au sens de l’article 1344 du code civil.
Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées.
Jean Dupont – Signature
Pièces jointes : copie du bail, décompte détaillé
Envoi : lettre recommandée avec accusé de réception
Modèle de lettre de mise en demeure pour loyer impayé à télécharger gratuitement
Après la mise en demeure : commandement de payer, clause résolutoire et procédure d’expulsion
Commandement de payer
La mise en demeure est un dernier avertissement avant le contentieux. Si le locataire ne réagit pas, un commandement de payer est délivré par un commissaire de justice en cas de non-réponse à la mise en demeure. Un commissaire de justice peut délivrer un commandement si le bail comporte une clause résolutoire. Le bailleur peut saisir le tribunal après une mise en demeure sans réponse.
Délai légal
Le locataire a 2 mois pour payer après un commandement de payer (délai réduit à six semaines pour les baux signés après le 29 juillet 2023). Pendant ce délai, le locataire peut aussi demander des délais de grâce au juge.
Assignation et jugement
Si le locataire ne régularise pas, le propriétaire peut demander l’expulsion par voie de justice. L’assignation devant le tribunal judiciaire vise à faire constater l’acquisition de la clause résolutoire et obtenir la résiliation du bail.
Expulsion
L’expulsion peut être ordonnée après un jugement du tribunal. Elle doit être légalisée et exécutée selon la procédure prévue par la loi, avec intervention du huissier. Attention à la trêve hivernale (1er novembre – 31 mars) qui suspend l’exécution. Il est interdit de prendre justice soi-même sous peine de sanctions pénales.
Preuves à conserver
Conservez toutes les pièces (relances, mise en demeure, commandement, échanges CAF) pour justifier la réalité de la dette et votre responsabilité en tant que propriétaire diligent.

Précautions, garanties et erreurs fréquentes à éviter
Garanties et vérifications
- Le bailleur doit vérifier l’existence d’un garant pour le locataire.
- Vérifiez les garanties : le bailleur doit vérifier l’existence d’un garant pour le locataire. Si une caution solidaire ou une garantie Visale existe, respectez les délais de déclaration dès le premier impayé pour ne pas perdre vos droits.
Erreurs classiques
- Évitez les mises en demeure floues : absence de décompte précis, pas de délai explicite ou mentions contraires aux textes légaux peuvent compromettre la validité de l’acte.
- Oublier d’envoyer la lettre à tous les co-locataires, ne pas conserver la preuve d’envoi, ne pas tenir compte de paiements partiels reçus avant la date du courrier.
Ton adapté
- Il est conseillé d’utiliser un ton factuel et courtois dans la lettre. Évitez les jugements de valeur ou propos injurieux qui se retourneraient contre vous devant un juge.
Frais
- Les frais d’envoi de la mise en demeure sont à la charge du bailleur. Ne les refacturez pas au locataire dans le décompte de la dette sans base contractuelle.
Cas complexes
- En cas de besoin (locataire vulnérable, procédure de surendettement, emploi perdu), sollicitez l’avis d’un avocat spécialisé en droit immobilier avant de poursuivre. Chacun a des droits, et la lecture attentive de votre situation par un professionnel évitera des erreurs coûteuses.
Si vous souhaitez assurer la rigueur juridique et l’efficacité de votre démarche, il est fortement recommandé de confier la rédaction et l’envoi de la mise en demeure à une étude d’huissier de justice. L’huissier garantit la validité formelle de la procédure, établit une preuve incontestable de la réception par le locataire et peut immédiatement préparer le commandement de payer si nécessaire. Cette intervention professionnelle sécurise votre action et facilite la poursuite judiciaire en cas de non-règlement, tout en renforçant la pression sur le locataire pour une résolution rapide. N’hésitez pas à contacter votre étude d’huissier pour bénéficier de ses conseils personnalisés et d’un accompagnement complet dans la gestion des loyers impayés.
FAQ – Lettre de mise en demeure pour loyer impayé
La mise en demeure est-elle obligatoire avant un commandement de payer ?
Juridiquement, le commandement de payer peut parfois être délivré sans mise en demeure préalable. Toutefois, la mise en demeure est fortement recommandée : elle prouve la bonne foi du bailleur, peut déclencher certains contrats d’assurance loyers impayés et fait courir les intérêts de retard. En part, elle constitue une preuve précieuse si le cas est porté devant un juge.
Quel délai accorder au locataire dans la mise en demeure ?
La loi ne fixe pas de délai précis, mais les tribunaux considèrent qu’un délai de 8 à 15 jours après réception est raisonnable. Un délai de 48 heures serait jugé excessivement court, surtout pour plusieurs mois de loyers impayés. Adaptez le délai à la somme réclamée et à la situation.
Dois-je envoyer la mise en demeure à la caution solidaire ?
Il est préférable de mettre en demeure d’abord le locataire, puis de prévenir rapidement la caution si les impayés persistent. L’article 24 de la loi du 6 juillet 1989 impose d’informer la caution dans les 15 jours suivant le commandement de payer, sous peine de perdre pénalités et intérêts contre elle.
Que faire si le locataire a quitté le logement sans rendre les clés et sans payer ?
Il est risqué de reprendre seul le logement. Faites constater l’abandon par un commissaire de justice ou via la procédure d’abandon prévue par la loi. Ce constat sécurisera la reprise du logement et permettra de poursuivre le recouvrement des loyers impayés et des charges.
La lettre recommandée électronique a-t-elle la même valeur qu’une LRAR papier ?
Oui, à condition de passer par un prestataire qualifié et de respecter le formalisme prévu par le code civil. Conservez soigneusement le certificat d’envoi électronique et les preuves de réception ou de refus, exactement comme pour un recommandé papier classique.

